On est semblable au nuage qui voile la lune à minuit ;
Avec quelle agitation il se hâte, luit et tremble
En rayant les ténèbres de sa clarté ! Bientôt, pourtant,
La nuit l’enferme et le voilà perdu à jamais ;
Ou à la lyre oubliée, dont les cordes faussées
Répondent autrement à chaque nouveau souffle ;
De leur cadre fragile, pas un élan ne tire
Deux fois la même nuance ou modulation.
On dort : un rêve peut empoisonner le sommeil ;
On se lève : une seule pensée errante pollue la journée ;
On sent, conçoit, raisonne, rit ou pleure,
Étreint une peine insensée ou balaie ses soucis :
C’est la même chose ! Joie ou chagrin,
La voie reste libre à leur échappée ;
Jamais tel homme hier ne sera tel demain ;
Rien ne demeure hormis la Mutabilité.
(Traduction : Matthieu Gouet)
Percy Bysshe Shelley
Mutabilité (1816)